Jeudi 16 novembre 2006

Mon engagement au parti socialiste et le choix de soutenir Dominique Strauss-Kahn partent d’une triple réflexion. La première concerne la défaite de la gauche en 2002, la seconde porte sur les attentes de nos concitoyens par rapport aux problèmes qui se posent au XXIème siècle. La dernière concerne les meilleurs moyens pour parvenir à y apporter des solutions.

 

  1. Gagner sur notre terrain et porter le débat politique sur le fond.

 

Pour tout homme de gauche, et a fortiori pour tout socialiste, envisager une victoire en 2007 ne peut se faire sans revenir sur la défaite de 2002. Nous savons que le débat a été virulent durant les 4 ans qui ont suivi le coup de tonnerre du 21 avril, certains insistant sur les insuffisances du PS durant les années Jospin, d’autres sur la mauvaise campagne du candidat, d’autres sur la désunion de la gauche, d’autres encore appelant à « sortir les sortants »…Entre le livre détonnant de Marie-Noëlle Lienemann « Ma part d’inventaire », les réflexions sur le renouvellement politique et le manque d’assise populaire du PS, les analyses rétrospectives ont été nombreuses et elles ne sont, à tort et à raison, pas totalement closes. Mais c’est à un retour plus personnel que je m’attacherai ici.

Au printemps 2002, je n’étais pas encore adhérent du parti socialiste, je ne militais dans aucun syndicat ni aucune association. Je n’avais pas encore dix-huit ans. Même si les analyses sociologiques montrent que la diversité des origines sociales empêche d’envisager ma génération comme une classe d’âge homogène et unifiée, celle –ci a cependant en commun d’être née dans une société marquée par le chômage et par une défaillance des mécanismes d’ascension sociale. Bien loin des Trente Glorieuses, ceux qui comme moi sont nés au milieu des années 80 sont nés dans un monde marqué par la puissance américaine, la globalisation économique et par le recul de l’engagement politique.

Mais du non engagement à l’absence de conscience politique, il y a un fossé : La grande majorité des jeunes reste particulièrement attentive aux évolutions politiques et à l’actualité quelque soit la forme sous laquelle elle le fait. Et s’il y a bien une chose qui est restée dans toutes nos têtes, moi et mes jeunes amis, en 2002, c’est l’absence de débat politique. Après le 11 septembre et toutes les réflexions sur le système international qu’il a engendré, avec les premiers signes d’affaiblissement de la croissance et des drames comme la tuerie de Nanterre,  toutes les avancées sociales et les réformes politiques du gouvernement Jospin ont paru lointaines ; C’est un monde perturbé, un contexte économique difficile et une France « qui a peur » qui s’est affichée de manière permanente sur nos écrans de télévision. Je livre ici le fond de ma pensée même si cela pourra faire sourire certain : En orchestrant de manière outrageuse et éhontée une campagne centrée sur un thème porteur pour le Front national et la droite, Jacques Chirac avait bien prémédité le 21 avril 2002. Les erreurs de fond et de forme des socialistes ont fait le reste. Malgré un bilan honorable, un candidat honnête et un projet bien existant, la gauche n’a pas su lutter de manière efficace contre la stratégie de la droite : Ses faiblesses supposées ou réelles sur le terrain de l’insécurité ont éclipsé les réformes et les propositions qu’elle avait faite sur le terrain de l’emploi, de la recherche, de l’éducation, de la santé, de la justice…

Aujourd’hui nous ne sommes qu’à l’automne 2006 et l’on voit déjà que le débat politique que l’on veut nous imposer partout porte toujours sur la même question. Personne à l’heure actuelle ne peut échapper à un effet d’annonce de Nicolas Sarkozy sur la sécurité. Que ce soit par la télévision, la presse écrite où les sites en ligne des grands quotidiens, on ne voit que ça et les hommes politiques ne sont généralement interrogés que par rapport à ce que fait Nicolas Sarkozy.

C’est pourquoi notre candidat et la gauche ne peuvent gagner qu’en portant le débat politique sur le fond, mais notre fond. L’élection présidentielle ne doit pas plus se résumer à une bataille des diminutifs « Ségo-Sarko » qu’à un référendum plébiscitant l’escroc contre le facho. En 2007, nous avons l’occasion de faire de ce scrutin majeur une vraie confrontation d’idées entre une conception proaméricaine, communautariste et bonapartiste de la France et une conception tout autre : Celle d’un pays productif sur le plan économique, solidaire entre les individus et les générations et qui se donne les moyens de se tourner vers l’avenir.

Dominique Strauss-Kahn est le candidat le plus crédible pour proposer et incarner une véritable alternative à l’UMP et à Nicolas Sarkozy. . Il l’a déjà battu en débat en 2002 et il sait faire montre de pédagogie et de détermination lorsqu’il s’exprime dans les médias. Respecté par tous nos partenaires européens, reconnu comme compétent sur les dossiers socio-économiques bien au-delà de son parti, bon débatteur et homme de compromis, DSK saura faire des questions de l’emploi et de l’éducation, des questions sociales, LES questions centrales de la campagne présidentielle à venir. Laurent Fabius, parce qu’il n’a pas convaincu sur l’actualité de sa méthode mitterrandienne et sur la sincérité de son dernier revirement politique, n’a pas la force de le faire. Ségolène Royal, parce qu’elle considère que la décision politique vient après l’opinion, n’en a pas la volonté.   

 

  1. Répondre aux attentes des français : des revendications économiques et sociales

 

Que ce soit avec son entourage, ses amis, ses collègues de travail ou des personnes rencontrées au cours d’action militantes (diffusion de tracts notamment), les retours sont plus ou moins similaires lorsque l’on parle avec les français : Les désillusions sont là et la politique est vue comme une passion bien éloignée des réalités quotidiennes. Les gens ne demandent pas des jurys citoyens ou des slogans « authentiquement de gauche », ils veulent qu’on résolve les problèmes qui se posent à eux. Une cinquième république agonisante marquée par des décennies de droite au pouvoir, de grands espoirs avec l’arrivée de la gauche au pouvoir, et l’observation d’un réel décalage entre la parole et les actes, voilà un constat historique qui fait l’unanimité chez les français. Ce n’est ni appeler la droite Belzébuth, ni fermer les yeux sur les nombreuses réussites du PS au gouvernement. C’est un constat à la fois simple et exigent vis-à-vis de l’action politique ces trente dernières années. Ce que j’ai pu constater depuis que je m’intéresse à la politique, partout où j’ai habité, des paysages ruraux de l’Oise aux quartiers de la ville de Cergy, en passant par les foyers pour jeunes à Eaubonne et Osny,  est affligeant : Les gens sont devenus plus individualistes que les générations qui les précèdent ; ils ne croient plus en grand-chose. Les prix des biens de consommation passent avant les dernières mesures du gouvernement ou les discours de tel ou tel homme politique. Les médias accroissent également le divorce entre les politiques et les français lorsqu’ils ne cessent de présenter les batailles de convictions en combats de personnes. Les rivalités et les combats interpersonnels existent bel et bien mais ils découlent de démarches collectives au service de confrontations idéologiques et programmatiques. Et ceci est difficile à expliquer, les gens n’ont même pas envie d’entendre de justifications. Trouver un emploi, vivre dignement après avoir payé son loyer (le mien représente 70% de mes revenus mensuels, et vous ?), pouvoir se soigner sans rentrer dans un système américanisé, assurer l’éducation de ses enfants, voir la sécurité de sa personne et de ses biens garantis, tels sont les choses auxquelles un français est attaché. Ces revendications, véritables « besoins primaires » qu’un état postindustriel - dont le PIB atteignait 1 724 milliards de dollars en 2004 – est sensé satisfaire, ce sont des revendications économiques et sociales. Et sur ce terrain, il me semble que parmi les candidats à la candidature, c’est Dominique Strauss-Kahn qui est le mieux placé. Il a démontré qu’il était compétent sur le sujet lors de son passage à Bercy en 1997-2000. Et il est à mon sens le seul à allier cette compétence à un esprit assez imaginatif pour élaborer des solutions nouvelles et viables aux maux que connaît notre pays.

 

  1. La sociale-democratie comme méthode appropriée.

 

Pour répondre aux problèmes des français, les méthodes de ses trente dernières années ont fait leur temps : D’une part, en politique, la promesse n’est pas une réalisation. D’autre part, les réformes ne sont font pas sans les partenaires sociaux (ou contre eux, lorsque la droite est au pouvoir). Il faudra rompre avec l’idée que tout doit et peut partir des sommets de l’Etat pour changer la vie des gens. Enfin, le président de la République, véritable détenteur du pouvoir exécutif, ne peut plus se cacher longtemps derrière son premier-ministre. Dire que la sociale-democratie est en crise dans d’autres Etats européens, c’est faire un constat bien réel. Ne pas dire qu’elle a permit à la gauche de ces Etats d’aller de victoires électorales en réformes et de réformes en victoires (notamment en Suède), c’est une omission pardonnable. Mais partir du postulat selon laquelle la sociale-democratie ne marchera pas en France, c’est un mensonge. Parce que l’on ne l’a jamais essayé. Et parce que même ceux qui agitent le chiffon rouge des réformes libérales de Schröder ou des catastrophes de Blair avec la privatisation des réseaux ferrés britanniques savent que la sociale-democratie française sera une sociale-democratie…française. Ni allemande, ni espagnole, ni danoise, ni italienne, ni britannique, ni même suédoise. Les traditions politiques des autres Etats européens leurs sont propres et donc leur manière de faire sera une inspiration, par un modèle transposable en intégralité. Pour résoudre les problèmes socio-économiques qui existent dans ce pays, la méthode sociale-démocrate est donc une nouveauté. S’appuyer sur les partenaires sociaux et donner une vraie responsabilité aux syndicats lors de grandes négociations sur les retraites, les salaires, les conditions de travail, voilà déjà une bonne raison pour quelqu'un de se syndiquer. Ensuite, les situations -on le sait- ne sont pas toutes les mêmes partout, dans toutes les branches professionnelles. C’est l’erreur qu’ont commis collectivement TOUS les socialistes du gouvernement Jospin avec les trente-cinq heures. La réforme était bonne et l’objectif de généralisation également mais la méthode fut trop expéditive, trop imposée « par le haut ». On pourrait aussi parler de l’éducation nationale et de nombreux sujets…

Par ailleurs, on ne peut guère continuer à gouverner la France avec un système institutionnel qui a perdu toute sa cohérence et son efficacité. Toutes les décisions, toutes les initiatives législatives, tous les ordres viennent d’un seul homme : le président de la République. Les parlementaires, cumulant les fonctions, ne peuvent être à la fois au four et au moulin. Et lorsqu’ ils sont bien présents au Sénat ou à l’Assemblée, en dehors des fois où ils lisent le journal, bavardent ou dorment, c’est bien souvent pour avaliser formellement un projet de loi , pour se faire imposer des votes bloqués ou des 49.3. Et que dire de ces séances de questions au gouvernement : « Monsieur le ministre, vous faites des choses formidables, vous êtes un magicien, allez-vous continuer à nous émerveiller et comment ? » nous dira le député de la majorité. « Monsieur le ministre, vous êtes le diable incarné. Quand allez- vous prendre la mesure du mécontentement populaire et faire machine arrière ? » nous dira le député de l’opposition. Un théâtre qui dessert grandement la fonction parlementaire et le peu d’opinions positives dont dispose encore les hommes politiques. Qu’on appelle cela « cinquième rénovée », sixième, septième ou encore huitième République, il faut changer le fonctionnement des institutions en France. Cela passe par le non-cumul des mandats, un élargissement des pouvoirs d’enquête et de contrôle du Parlement, une vraie responsabilité politique du président. Dominique Strauss-Kahn propose cette voie en ayant tiré les conséquences du gouvernement Jospin. De grandes choses ont été faites mais désormais, nous sommes au XXIème siècle, les socialistes doivent se tourner vers l’avenir. Quoiqu’en disent les gardiens du temple, rénover les outils du socialisme pour lui permettre d’atteindre les objectifs qui ont toujours été les siens (l’égalité réelle, l’émancipation des hommes et des femmes) ne signifie pas rompre avec le socialisme en lui-même. Aujourd’hui la sociale-democratie proposée par Dominique Strauss-Kahn n’est pas une atteinte à nos valeurs socialistes, elle est bien la condition de leur affirmation. La seule.

 

Pour toutes ces raisons, et pour bien d’autres encore, je voterai Dominique Strauss-Kahn ce soir…et au soir du 23 novembre.

 

Akli Lecoq

 

 

Par Akli Lecoq - Publié dans : Pourquoi je soutiens dsk
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