Comme je suis, quoique encore jeune, une « ancienne » militante, je me rappelle le choix que nous avions dû faire en 2000, pour désigner notre tête de liste aux élections municipales à Paris. Si je m’étais fiée uniquement aux sondages, par ailleurs très légèrement bidouillés par certains journaux (j’ai des preuves !), j’aurais choisi Jack Lang. Et s’il aurait sans doute fait un bon maire, je ne suis pas sûre qu’il aurait été élu. Sans entrer dans les détails sur le fond, j’ai pensé à cette époque que Bertrand Delanoë correspondait mieux au maire qu’attendaient les parisiens et que c’était bien lui qui pouvait faire gagner la gauche à Paris et améliorer au quotidien la vie des parisiens. Certes, le débat est un peu différent aujourd’hui, mais une chose est certaine : le choix du candidat PS ne peut pas reposer uniquement sur la courbe des sondages.
En tant que militante, j’ai le droit, voire même le devoir de fonder mon choix sur d’autres éléments. Le droit, je ne l’ai pas seulement gagné en payant chaque année ma cotisation mais aussi en passant des dimanches à diffuser des tracts (pas toujours très bons d’ailleurs) dans le froid et sous la pluie, en me faisant parfois insulter, en passant des soirée à débattre et à faire des proposition avec mes camarades, en allant à des réunions parfois un peu ennuyeuses.
Parce que c’est aussi ça être militant politique. Ça comporte aussi des aspects plus sympathiques bien sûr mais on ne rigole pas tous les jours. Là où je veux en venir, c’est que les militants socialistes sont des gens comme tous le monde ! Simplement, ils ont fait le choix, à un moment donné, de l’engagement collectif dans un parti. Ce sont eux qui font la force du PS et ils ont « gagné » le droit de dire aux « sympathisants » de gauche : nous prenons le risque de choisir celui qui nous semble le meilleur président mais qui ne correspond pas forcement à votre choix.
Pour moi : c’est DSK
Un ami m'ayant offert « la flamme et la cendre » peu avant les présidentielles (merci Eric!), j'ai découvert le recul, l'analyse à plus long terme et la capacité de DSK à renouveler les problématiques concrètes du socialisme. Rétrospectivement, cet ouvrage me semble plus intéressant encore qu'à l'époque, maintenant que chacun se fait un impératif de tirer les leçons du 21 avril. DSK pour sa part n'avait pas attendu la défaite électorale pour commencer à s'interroger sur les nouveaux défis sociaux qui se posaient aux socialistes, et sur les moyens qu'il deviendrait nécessaire de mettre en oeuvre. Quand le PS se mettait en ordre de campagne sur le thème du « bon bilan » garant de la gestion future, déjà il explorait les potentialités de la redistribution, l'émergence de la précarité, le nécessaire renouvellement des services publics et leur concentration sur les plus démunis. Il commençait à dessiner les contours de la « mutualisation des risques de la mondialisation », approche désormais patrimoine commun de la gauche sous le nom de « sécurité sociale professionnelle ».
Aujourd'hui, je le soutiens particulièrement parce qu'outre la compétence que tout le monde lui reconnaît, j'ai confiance dans sa capacité à ne laisser se fossiliser ni sa perception des problèmes sociaux, ni l'inventaire des mécanismes permettant de les corriger. Il fait partie de ceux qui ont le plus abondé le fonds commun d'idées de la gauche ces dernières années, et je le crois capable, une fois son mandat mis en oeuvre, de renouveler son appréciation des buts et des politiques à suivre, afin de promouvoir une réforme permanente et de continuer à être une force de proposition et de confiance à la fin de la législature. DSK ne propose pas simplement le renouveau, mais la rénovation permanente.
En connaissance de cause, je souhaite que Dominique Strauss-Kahn soit notre candidat en 2007.
Il représente la continuité cohérente d'un engagement à gauche qui a toujours préféré les girondins contre les jacobins, les coopératives, les associations, le mutualisme et l'autogestion contre les soviets et la bureaucratie totalitaire, l'internationalisme contre le patriotisme, le réformisme radical contre la révolution des mots impuissants et des actes sanglants, l'individu et les corps intermédiaires contre la notion de masses populaires, la reconnaissance des différences pour mieux les faire jouer collectif.
J'adhère aux grandes lignes des propositions et des engagements du courant du PS qu'il anime, socialisme et démocratie, et du groupe de réflexion qu'il a créé avec Michel Rocard, A gauche en Europe. Ce travail de fond est engagé depuis près de 6 ans et il a largement dépassé les frontières du PS.
Dominique Strauss-Kahn s'est engagé fortement dans l'élaboration du projet des socialistes (dès fin 2004 avec Martine Aubry et Jack Lang, puis au secrétariat national aux élus où il a notamment préparé la partie Lilloise des états généraux), et qu'il n'a pas été le seul d'ailleurs puisque bon nombre de camarades de socialisme & démocratie ont animé des réunions dans ce cadre et continuent de le faire (rien que pour la réunion de Lyon des états généraux, citons Béatrice Marre, Bernard Soulage et Christiane Demontès).
Ce travail propositionnel, ces recherches de réponses à apporter aux difficultés que nous rencontrons, c'est le respect de la fonction à laquelle il prétend aujourd'hui : il ne s'agit pas d'être élu, il s'agit de réussir à changer les choses et pour cela, il faut se préparer, il faut savoir ce que l'on veut faire.
Alors débattons du fond : quel candidat peut non seulement porter le projet socialiste, mais battre la droite, faire une politique de gauche et réussir son mandat ? Quel candidat - notre premier secrétaire François Hollande le demande - s'appuiera le mieux sur notre parti, le Parti socialiste, pour ce succès ?
Pour moi, c'est DSK.
L’une des questions essentielles des années à venir est celle des solidarités urbaines. Comment lutter contre la ghettoïsation croissante ? Comment faire face aux inégalités sociales et territoriales ? Comment permettre à chacun d’accéder à un logement ?
La droite a déjà ses réponses et à l’UMP, le duo Borloo-Sarko fonctionne à merveille, alliant libéralisation et répression, destruction et communication.
Face à cette machine à détruire notre modèle social et territorial, le PS doit avoir des réponses fortes et innovantes, pour augmenter l’offre de logement, assurer la mixité à tous les niveaux et sécuriser et faciliter les parcours résidentiels. C’est au cœur du projet, mais il nous faut aller plus loin, en inscrivant cette question au cœur de notre modèle social. C’est ce qui m’intéresse chez DSK. Maire puis député de Sarcelles, il connaît bien cette question, et saura la mettre au cœur de notre campagne présidentielle. Il saura aussi innover, et j’attendais vraiment sa proposition de refondre la fiscalité locale au profit des quartiers populaires, d’ avoir des communes riches pour les quartiers pauvres, comme il dit.
La solidarité urbaine, ce n’est pas une politique en plus, c’est un levier pour rétablir l’égalité, celle des territoire et surtout celle des hommes. Ce sont surtout des valeurs qui fondent notre modèle républicain et qui doivent servir de base à son renouveau. Et pour les porter, avec force et conviction, je ne vois que Dominique Strauss-Kahn.




